Champlain

Salut la gang! On est le 15 mars et je ne sais pas si ce sont mes 40 ans qui me rentrent dedans, mais me réveiller avec une chanson d’Aznavour dans la tête, je trouve ça quelque peu troublant. Néanmoins, ce qui me trouble davantage, c’est que j’ai l’impression que cet hiver ne finira jamais. Ce foutu hiver a commencé à la mi-novembre, écourtant ainsi ma saison de trois bonnes semaines, et parti comme ça l’est, il va y avoir encore de la neige en juin…

J’exagère un peu me direz-vous, mais avouez qu’on y a goûté vraiment solide cette année. Même les irréductibles de l’hiver, ceux qui profitent de chaque flocons qui tombent, commencent à avoir eux aussi une « écoeurantite aigue » de cet hiver qui ne finit plus. En plus d’avoir eu quelques bonnes tempêtes, nous avons passé la majeure partie de notre temps avec des températures sous les normales de saison. Et si au moins c’était fini. Malgré la dernière tempête de cette semaine, avec le temps encore très froid que nous avons encore, je ne serais pas surpris de recevoir une autre bordée de neige d’ici la mi-avril.

On a eu droit à un hiver tellement rigoureux que pour la première fois depuis les 20 dernières années, les Grands Lacs ont presque gelé complètement. En fait, ce phénomène ne s’est produit que quatre ou cinq fois depuis que les données météorologiques sont enregistrées. Personnellement, je ne me souviens pas d’avoir vécu un hiver aussi intense. Dire qu’habituellement, à pareille date, je m’affaire à préparer mon bateau pour ma première sortie de pêche de l’année chez mes voisins américains au Lac Champlain. J’ai même vu certaines années où il était possible de pêcher dans la première semaine de mars. Avec le temps qu’il fait, nul besoin d’être Nostradamus pour prédire qu’il n’y aura aucune possibilité de mettre un bateau là-bas à l’eau avant peut-être la mi-avril!

Hiver 2014 Grands-Lacs

Grands-Lacs hiver 2014

Comme ils disent, le malheur des uns fait le bonheur des autres. L’hiver 2014, malgré que souvent très froid, fut quand même un hiver fantastique pour les amateurs de pêche blanche. Peut-être est-ce une coïncidence, mais il me semble avoir vu beaucoup plus de photos de dorés trophées, de brochets monstres ainsi qu’un engouement de plus en plus fort pour la pêche sur glace aux salmonidés là où permis. De mon côté, mes différents projets (toujours dans le but d’offrir le meilleur service de guide de pêche possible) m’ont encore une fois gardé assez occupé. Même que ce prolongement de l’hiver m’a permis de rester plus « zen » quant au fait de ne pas avoir reçu encore mon nouveau bateau. C’est toujours une petite torture pour un maniaque de pêche tel que moi de ne pas avoir de bateau pendant qu’il y a un « trou d’eau » libre de ces glaces après une longue période d’inactivité. Il faut dire que je me suis mis moi-même dans cette position en passant la commande de mon bateau à la dernière minute. Il faut quand même leur laisser le temps de le faire!

Pour ce qui est de « mon » premier trou d’eau que j’explore, comme mentionné plus haut, c’est le fameux Lac Champlain, côté US. Au Lac Champlain, la pêche est ouverte à l’année et c’est toujours le premier plan d’eau à se libérer de ces glaces à proximité de la grande région métropolitaine. Même que souvent, son bassin principal entre Plattsburgh et Burlington demeure en eau libre pendant toute la saison hivernale, ce qui n’est évidemment pas le cas cette année…

Je ne m’en suis jamais caché, je n’ai jamais été un fanatique de la pêche à la truite grise. Peut-être est-ce à cause de l’utilisation d’un équipement lourd que nécessite souvent cette pêche? En fait, j’ai toujours préféré pourchasser les ouananiches, brunes et arc-en-ciel. Néanmoins, ces quelques dernières années, j’ai décidé de commencer mes saisons en faisant quelques sorties à la truite grise. C’est qu’en début de saison, la truite grise est beaucoup plus près de sa température préférentielle que la ouananiche. Elle s’active donc beaucoup plus rapidement que notre fameuse torpille argentée. C’est quand même plus agréable d’attraper avec une certaine facilité une dizaine de grises que de se donner toute la misère du monde à essayer de trouver une ouananiche un peu plus dégourdie que les autres. Ce qui rend cette pêche de début de saison encore plus agréable, c’est que c’est le meilleur temps de l’année pour penser attraper une grosse grise avec un équipement léger à faible profondeur.

Croyez-moi, nul besoin d’être un spécialiste de la pêche aux salmonidés pour avoir du succès. Au Champlain, il y en a du poisson. Ce n’est pas comme ici où il y a beaucoup d’argent en retombées économiques et que rien n’est donné en retour pour la faune. Les Américains, eux, ont compris. Ils ne vous attendent pas avec des prix exorbitants aux débarcadères et ne se servent pas non plus de soi-disant prétextes de contrôle de moules zébrés pour, de manière détournée, privatiser leurs plans d’eau et en limiter l’accès. Le Lac Champlain, c’est leur fierté et les Québécois y sont les bienvenus. Et du poisson, il y en a en grande quantité. C’est assez phénoménal les ensemencements qui sont faits dans ce plan d’eau tous les ans pour assurer la qualité de la pêche. En fait, c’est le Lac Champlain qui reçoit le plus d’ensemencements dans tout l’est des États-Unis.

En ce qui concerne la pêche en tant que telle, l’ultime défi à mes yeux n’est pas dans la façon de pêcher, mais bien dans la localisation des poissons. C’est un immense plan d’eau et on peut perdre un temps fou à faire de la prospection. Il est donc primordial d’avoir une bonne préparation, de cibler un secteur en particulier au lieu de penser faire le tour du lac en touriste.

Le premier critère à tenir compte dans la localisation d’un secteur propice sur un plan d’eau de cette dimension est le vent. Par souci de sécurité et aussi d’efficacité, je vous suggère d’éviter les secteurs exposés par grands vents. En fait, il est souvent impossible de pêcher avec des vents de 30 km/h et plus sur la plupart des secteurs qui touchent le bassin principal. Même un vent de 20 km/h peut rendre votre journée difficile, voire même impossible, si ce vent arrive du large et que vous êtes en chaloupe 16’ par exemple.

Le deuxième critère dans la localisation d’un bon secteur, c’est la température de l’eau. Évidemment, vous avez intérêt à prospecter un secteur qui touche le bassin principal. Même si la température de l’eau permet à la grise d’être à peu près partout, les grandes concentrations de celle-ci demeurent habituellement à une certaine « proximité » des profondeurs. À noter que « proximité », peut représenter parfois 1 km sur ce plan d’eau! Il ne faut pas oublier que sommes devant un plan d’eau d’une très grande dimension.

De la truite grise, on peut dire qu’il y en a à peu près partout, exception faite des parties du lac qui ont de grandes étendues sans profondeurs coupées du bassin principal. L’idée, c’est de trouver un secteur où elle deviendra active beaucoup plus rapidement grâce à une température d’eau un peu plus chaude qu’aux alentours. Même si la truite grise a une température préférentielle plus froide que les autres espèces, il n’en reste pas moins qu’elle demeure affectée par les eaux très froides du bassin principal en début de saison. Les truites se tenant dans des secteurs où l’eau est réchauffée seront plus actives et enclines à pourchasser les leurres. Vous devez donc en faire autant pour avoir plus de succès. C’est ce qui peut faire la différence entre une journée de 2 grises versus 15!

Il y a différentes façons pour que l’eau d’un plan d’eau soit réchauffée au printemps. Premièrement, l’eau d’une rivière qui se fait réchauffer au soleil en parcourant les terres avoisinantes réchauffera par le fait même la partie du bassin du lac dans laquelle elle vient se jeter. Elle y apportera en plus une grande quantité de nourriture de toute sorte. Ajouter une eau teintée à cette rivière et l’effet de réchauffement de l’eau n’en est qu’accentué. C’est que chaque particule en suspension dans cette eau absorbe la chaleur du soleil qu’elle disperse autour d’elle du même coup.

Cela veut dire que c’est vraiment dans votre intérêt de rechercher la « zone d’eau sale » si vous voulez trouvez plus d’activité. Comprendre l’interaction des poissons et poissons-appâts en rapport avec cette zone augmentera de beaucoup vos chances. Évidemment, si cette zone parcourt un grand plateau de sable avant de se jeter dans les grandes profondeurs du lac, vous êtes à mes yeux sur le meilleur endroit du lac pour une pêche hâtive printanière. La situation décrite ici représente un environnement favorable pour toute la chaîne alimentaire, du plus petit des micro-organismes au plus grand des prédateurs, dans ce cas-ci, la truite grise. C’est certain que si la moitié du lac est sale, bonne chance! Vous risquez de trouver la pêche difficile. Par contre, si les vents ont gardé dans un secteur précis cette zone d’eau plus chaude, vous êtes vraiment en « business ».

eau brune

Zone d’eau teintée. On peut voir au large, la limite de l’eau claire des profondeurs et de l’eau brune du grand plateau.

Malgré qu’il puisse y avoir des poissons-appâts dans cette « zone d’eau sale » en tout temps, c’est lorsqu’il y a un écart prononcé de température entre cette zone et le bassin du lac que le secteur devient vraiment « hot ». Même lors de période moins active, les bancs de poissons-appâts auront tendance à rester dans cette zone pour l’effet de sécurité face aux prédateurs dû à la visibilité moindre. Le reflet argenté d’un poisson-fourrage tel que le gaspareau se voit sur une distance beaucoup moins grande dans une eau teintée que dans une eau claire. Au fur à mesure que la saison avance ou par un printemps hâtif, il faut mettre de plus en plus d’efforts à prospecter l’endroit où le plateau chute vers les profondeurs. Il vient un temps aussi où la « zone d’eau sale » perd de son intérêt. Avec le réchauffement du temps, elle peut devenir inconfortable pour les poissons d’eau froide comme la truite grise, faisant en sorte que les concentrations de poissons qui y avaient pris résidence la déserteront pour retourner vers une eau plus adéquate dans le bassin principal.

Comme on a beaucoup de terrain à couvrir, la pêche à la traîne demeure la méthode la plus efficace pour trouver des concentrations de poissons-appâts sur ces grands plateaux sablonneux. On trouve les bancs de poissons-appâts, on trouve par le fait même les concentrations de truites grises actives. C’est le plan de match! Au Lac Champlain, il est possible de pêcher avec 2 cannes par pêcheurs du côté de l’état du Vermont et 3 du côté de l’état de New-York. Vous avez vraiment intérêt à utiliser toutes les cannes permises. En ayant plus d’options, ça vous aide à trouver la meilleure approche et le meilleur leurre du jour. Il n’y a pas de recette miracle, il faut toujours expérimenter. Le temps est toujours changeant et l’humeur des poissons aussi. Le meilleur moyen de s’adapter, c’est de faire un « set-up » qui permet de travailler toute la colonne d’eau et de couvrir le plus large possible. Ensuite, on s’ajuste!

Dans l’hypothèse où nous sommes 3 pêcheurs et que nous sommes du côté du Vermont (donc possibilité de 6 lignes), idéalement, c’est de mettre les cannes qui ont des leurres avec moins de ligne de sortie et qui vont le plus profondément, directement derrière le bateau. Pour ceux qui évoluent à profondeurs moyennes, on les met de chaque côté et plus loin derrière pour qu’ils passent par-dessus nos leurres plus profonds quand on tourne. Pour ceux en surface, on utilise des « side-planners». On peut éviter de cette façon des fameux « mêlages de la mort ».

Par exemple, pour travailler la partie de la colonne d’eau la plus profonde (collé au fond), soit celle qui se trouve derrière le bateau, on peut se servir d’un ensemble lancer-lourd monté avec du mono. De 12 ou 14lbs résistant à l’abrasion et utiliser des  «crankbaits». Ces leurres flottants munis de longues bavettes permettent de heurter le fond occasionnellement. Ce cognement occasionnel sur le fond aura pour principal effet d’aider la truite grise, par sa ligne latérale, à localiser plus facilement votre offrande dans une eau à faible visibilité. Une autre alternative qui est aussi très efficace, c’est de laisser traîner un poisson-nageur flottant ou une cuillère mince monté sur une ligne plombée ou une soie ultra-calante. Il est très plaisant de combattre une grosse grise sur une canne à mouche! Qu’on choisisse la ligne plombée ou la canne à mouche, il est primordial de toujours s’ajuster au niveau de la longueur de ligne sortie afin de s’assurer que le ventre de notre ligne ou que notre soie frotte continuellement sur le fond. Pour la même raison que l’option « crankbaits », les truites seront attirées par les vibrations émises par ce frottement sur le fond et localiseront plus facilement notre leurre.

Pour la présentation de chaque côté du bateau et pour couvrir la partie médiane de la colonne d’eau, j’aime bien l’utilisation de cannes assez longues. Elles me permettent ainsi de m’éloigner des leurres derrière le bateau et d’éviter de me mêler. À ce sujet, j’ai fait l’essai l’an passé d’une canne de 9’6 St-Croix de la série « Avid Salmon and Steelhead Casting Rod »montée avec un lancer-lourd à compteur de petite dimension, ça nous donne la possibilité, après une capture ou une attaque manquée, de se remettre exactement à la même distance de ligne derrière le bateau.

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St-Croix Avid 9’6″ med power (AC96MF2)

Pour le plaisir de la cause, comme cette canne était une nouvelle acquisition, j’ai fait le test de laisser traîner très loin, extrêmement loin, mon leurre derrière le bateau pour connaître son degré de sensibilité. Monté sur de la Fireline 14lbs et un bas-de-ligne 10lbs d’une vingtaine de pieds de longueur, j’ai laissé jusqu’à 350’ un petit Nils Master et je sentais encore très bien la vibration! Ça donne une idée de la qualité des cannes St-Croix. Évidemment, je ne pêche jamais aussi loin et ce n’est pas du tout nécessaire en eau teintée de pêcher loin derrière. Habituellement, une distance moyenne suffit (75-100’). Par contre, là où la sensibilité d’une canne devient nécessaire pour ce type de pêche, c’est pour détecter la présence d’une brindille sur notre leurre. À ce temps de l’année, à pêcher dans une zone justement remplie de toutes sortes de petits débris, il n’est pas rare d’avoir à nettoyer notre leurre pour le garder efficace. Ça peut vraiment faire toute la différence entre attraper des poissons et faire une passe avec un leurre qui a perdu toute son efficacité à cause d’une petite feuille ou brindille. Je peux vous garantir qu’il n’y a rien de plaisant que de se rendre compte que ça fait peut-être ¾ d’heure qu’on pêche pour rien. Il suffit que cette situation vous arrive quelques fois dans votre journée et vous vous retrouvez avec un temps de pêche vraiment hypothéqué. Moi, je n’ai pas les moyens de perdre mon temps, j’aime mieux investir dans de bonnes cannes à pêche qui sont sensibles!

Pour les leurres plus en surface, l’utilisation des « side-planners » devient un avantage, surtout quand on veut mettre plus de 4 lignes à l’eau. Ça nous permet de capturer les poissons plus en surface qui se sont éloignés suite au passage du bateau. Ceux montés directement sur la ligne du genre Off Shore Tackle peuvent très bien faire l’affaire à condition de vérifier régulièrement les leurres. Il est très difficile de voir si on a un débris sur ce type de dériveur. Personnellement, je préfère utiliser un mât avec des petits bateaux car si on regarde attentivement le déclencheur, il est possible de se rendre compte assez facilement quand on a un débris sur notre leurre. Le combat est plus agréable aussi quand on n’a pas à traîner sur une distance un dériveur fixé sur notre ligne. Comme l’aspect sensibilité importe peu, j’utilise mes cannes à downrigger pour cette présentation. Concernant les longueurs de lignes, il faut vraiment expérimenter. Certaines journées, on peut se permettre de mettre assez près des « side-planners », tandis qu’à d’autres occasions, il faut mettre plus loin. Il s’agit d’expérimenter.

Pour être franc, je n’ai jamais été un grand fan de ce type d’équipement (« side-planners »). C’est que je me suis rendu compte qu’il y a aussi certains désavantages qui me laissent toujours un peu perplexe face à ce type d’équipement. C’est vrai qu’on couvre beaucoup plus grand et que ça nous aide à localiser plus facilement des concentrations de poissons. C’est vrai aussi que ça permet l’utilisation d’un plus grand nombre de lignes et que ce type d’équipement devient essentiel avec plusieurs pêcheurs dans le bateau. Par contre, une fois que l’on a découvert des concentrations de poissons et que l’on fait une capture, on perd un temps fou à retourner à l’endroit même de la capture. C’est qu’il nous est impossible de tourner serré avec ce genre d’équipement à l’eau. Et rentrer tout ça dans le bateau, c’est compliqué…

À ce sujet, j’ai en mémoire mes premières sorties au Champlain alors que je pêchais à la ouananiche. J’arrivais à capturer 2 à 3 fois plus de ouananiches que les « charters américains » qui avaient pourtant beaucoup plus d’expérience que moi sur ce plan d’eau. C’est qu’aussitôt que je faisais une capture, je m’empressais de ramener ma deuxième ligne (mon partner pareillement) pour repasser tout de suite au même endroit où j’avais fait ma capture (GPS aidant!). Eux, de leur côté, ne pouvaient pas se le permette à cause justement de l’utilisation de « side-planners ». On ne vire pas sur un dix cent avec ça à l’eau! Le temps qu’ils prenaient pour faire une grande boucle et revenir, moi et mon ami avions parfois le temps de capturer deux autres wawa. Les périodes d’activités sont parfois très courtes et comme souvent les truites sont en groupe de quelques individus, à passer trop de temps en dehors du « spot », on peut de cette façon se priver d’une belle pêche. Le Memphré m’a appris il y a bien longtemps à ne pas trop étirer ma passe après une capture…à vous de juger!

En ce qui concerne la sélection de leurres comme tel, il est important de tenir compte de l’environnement en faible luminosité dans lequel notre leurre évolue. Les finis métalliques ont vraiment leur place par journées ensoleillées tandis que les leurres aux couleurs opaques (contrastantes, voyantes et fluorescentes) sont à privilégier par temps couvert. Par exemple, un fini « fire tiger » qui n’est pas habituellement une couleur très utilisée par les pêcheurs de salmonidés, peut devenir un leurre très redoutable lorsqu’utilisé pour la truite grise en eau teintée. Même si ce n’est pas toujours nécessaire, l’utilisation de leurres à billes peut aussi vous aider à avoir plus de succès. L’idéal, c’est encore une fois d’expérimenter : mettre des leurres à billes à différentes profondeurs versus leurres sans billes. J’ai remarqué avec le temps que plus les poissons sont actifs, plus ils ont tendance à attaquer les leurres à billes. Même chose en situation d’eau très teintée.

Pour ce qui est de la grosseur des leurres, il y a un ajustement majeur à faire au Lac Champlain. Ma logique habituelle est d’utiliser des leurres beaucoup plus petits qu’à l’habitude en conditions d’eau froide. Le problème, c’est que l’eau teintée fait en sorte que notre leurre peut passer complètement inaperçu aux yeux du poisson. Les leurres ayant de fortes vibrations à basse vitesse et ayant une silhouette assez grosse (+-5 pouces) devraient faire partie de votre arsenal de base. On est loin du Pins Minnow de 2 pouces ici…Même si le petit Nils Master fut longtemps un secret bien gardé des pêcheurs de salmonidés du Lac Champlain, pour l’avoir mis en « compétition » avec d’autres leurres à maintes reprises, je peux vous assurer que c’est dans votre intérêt d’essayer des leurres ayant un profil beaucoup plus imposant.

Pour la sélection des poissons-nageurs évoluant près du fond, les Reef Runner Deep Diver, Rapala Tail Dancer, Rapala Husky Jerk Deep, Crystal Minoow Deep, Kwik Fish dans les grandeurs de 4 pouces et demi à 5 pouces et demi sont quelques exemples très productifs. En fait, c’est en quelque sorte une sélection semblable à ce qu’un pêcheur de doré pourrait employer l’automne à la Baie Quinty en Ontario. Pour la sélection couvrant la partie médiane et surface, les Smithwick, Rapala Husky Jerk, Rapala XRap, Storm Thunderstick, Crystal Minnow et Bomber toujours dans les mêmes grandeurs, sont quelques exemples de leurres productifs. Il ne faut pas oublier aussi de donner une chance aux leurres articulés de gros formats tels que Rapala Jointed et Bomber Jointed et XRap Jointed. J’utilise habituellement les leurres articulés en surface sur les side planner quand l’eau s’est réchauffée un peu ou lors de période d’activité très intense. Pour ce qui est des cuillères, j’avoue ne pas avoir vraiment expérimenté la chose mis à part les Sutton 44 et 71 sur la ligne plombée et soie calante, mais je suis convaincu de leur efficacité dû à leur pouvoir réfléchissant beaucoup plus grand que les poissons nageurs.

photos leurres

La sélection du haut imite le profil, grosseur et couleur naturelle de l’éperlan tandis que la sélection du bas imite plutôt le profil et grosseur du gaspareau mais avec des couleurs plus voyantes que je vous suggère pour les grises en eau teinté du Lac Champlain.

Vous trouvez certainement que ce sont des formats plutôt « king size » que je vous suggère, mais il y a probablement un autre facteur qui incite la truite grise du Lac Champlain à s’attaquer à des leurres plus gros même en eau très froide : le « bait fish ». Depuis maintenant quelques années, le gaspareau a envahi les eaux du Lac Champlain à tel point qu’il a presque complètement remplacé l’éperlan arc-en-ciel dans la diète de la truite grise. Elles se sont donc habituées à se nourrir de proies beaucoup plus grosses que l’éperlan. Pour vous donner une idée, un gaspareau peut atteindre facilement une dizaine de pouces comparativement à l’éperlan qui dépasse rarement les 5-6 pouces. Il y a le profil aussi. Celui du gaspareau, à longueur égale à l’éperlan, peut être jusqu’à deux fois et demi plus large. Cette particularité nous a tellement frappés que cette année, nous avons envisagé l’utilisation de leurres de petits formats à maskinongé de la compagnie One Shot Tackle! Il semble que ce ne soit jamais trop gros au Champlain…sauf par temps défavorable.

Une autre grande différence que j’ai remarquée là-bas et qui va à l’encontre de ma logique de pêche habituelle, c’est la vitesse de traîne. Les truites grises du Champlain (pêche printanière!) mordent beaucoup mieux à 2mph voire même 2.5mph à comparer à 1-1.5mph. L’utilisation de leurres plus gros et de vitesse de traîne plus rapide est un phénomène très particulier du Lac Champlain. Ça va vraiment à l’encontre de l’utilisation de leurres de petits formats et de vitesse de traîne plus lente que requiert habituellement des conditions d’eau froides et teintées de débuts de saison. Serait-ce que le gaspareau est une espèce de poisson-fourrage qui se déplace plus rapidement que l’éperlan? Je n’en ai aucune idée. Ce qui est certain, c’est que ça fonctionne à merveille et pour moi, c’est ce qui m’importe vraiment.

En conclusion, le printemps tarde peut-être à arriver mais il est possible de commencer votre saison en bateau, beaucoup plus tôt au Lac Champlain du côté américain. En plus d’avoir accès à une qualité de pêche extraordinaire ça vous permettra de soigner votre carence de pêche en eau libre jusqu’à l’ouverture de la pêche ici. En fait, même après l’ouverture au Québec, vous auriez vraiment intérêt de donner une chance au Champlain car, à même date, les poissons de l’oncle Sam sont beaucoup moins léthargiques. Je dois même vous avouer que c’est souvent à cette période que la pêche est à son meilleur. Plus tard en mai, je me remets en mode ouananiche et ça, c’est une toute autre histoire…

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